Agenda des événements archéologiques: expositions, conférences...
Editorial
Non, les civilisations anciennes ne sont pas mortes!
La culture atomisée?
Les sources d’informations sont aujourd'hui si nombreuses que l’on y trouve presque tout ce qu’on cherche, avec un inconvénient énorme. On ne trouve plus ce qu’on ne cherche pas. Qui ne s’est jamais laissé entraîner à vagabonder dans les pages d’une encyclopédie imprimée, alors qu’il cherchait un sujet bien précis?
Aujourd’hui, on consulte internet et la précision des moteurs de recherche est telle qu’on ne tombe plus sur autre chose par hasard.
A force de toujours choisir ce qu’ils préfèrent, les gens échappent à l’attrait de ce qu’ils ignorent. En 1972, la télévision diffuse "les Rois Maudits" avec un énorme succès. En 2005, l’audience du "remake" avoisine 25%. La rediffusion en 2008 touche moins de 7% de spectateurs. Ce n'est peut-être pas la seule explication, mais il n’y avait que deux chaînes en 1972, six en 2005, et la TNT existait en 2008. Ainsi un vaste public s'est-il orienté vers autre chose : ce qu’il connaît, ce qu’il préfère. Autrefois, la plupart des gens lisaient dans le train ou le métro. Peut-être pas de la grande littérature soit, mais le désoeuvrement est une jolie occasion de s'instruire. Aujourd'hui, la plupart pianotent sur leur téléphone mobile.
Il est certes fantastique de pouvoir choisir ce qu'on aime et d'être en permanence en contact avec le monde entier, mais où sont passées les rencontres fortuites que l’on faisait naguère, en cherchant autre chose?
Allons-nous vers un monde de spécialistes incultes?
Le vieux débat n’est pas mort, entre la presse d’information, où chacun se faisait son idée, et la presse d’opinion, où chacun lisait ce qui allait dans le sens de ses idées.
Autrefois, un ingénieur, un financier, un médecin ne pouvaient échapper à la culture générale: c'était celle qu'ils cotoyaient de gré ou de force dans leur entourage et qu'ils recevaient à l'école. Aujourd’hui, ce sont des spécialistes très compétents dans leur domaine, mais le reste leur échappe de plus en plus. Quant aux catégories sociales moins favorisées, peuvent-elles encore rencontrer ce qu'elles ignorent ?
Et pourtant. Notre société n'a jamais été si diverse par ses connaissances, ses outils, ses racines ethniques : quel profit en tirons-nous? Tout le monde se spécialise dans son domaine professionnel - ou faut-il dire "se radicalise"? Comment s'étonner, devant tant de spécialistes de tout, que la culture générale s'étiole ? Toute la connaissance est aujourd'hui accessible, et chacun ne cultive que son petit jardin.
Sortons de la chapelle!
Certes, beaucoup d’entre nous le déplorent. Pourtant, nous-mêmes, enseignants d'Histoire ou de Lettres, conservateurs, collectionneurs, y échappons-nous? Les musées font des efforts extraordinaires pour attirer de nouvelles classes de visiteurs. Les enseignants en font autant pour que survive l'enseignement du latin et du grec. Tous les humanistes, tous les passionnées des civilisations anciennes, unissent-ils cependant leurs efforts?
Des gens passionnés ou professionnellement intéressés, il y en a partout : chez les archéologues et dans les musées évidemment, dans l'enseignement et la recherche, mais aussi chez les voyagistes, les offices de tourisme de France, d'Italie, de Grèce, de Tunisie… dans les conseils régionaux, chez les numismates et collectionneurs, les galeristes et les experts, les ministères, les associations, les fondations de mécénat, les éditeurs... et chez bien des anonymes!
Est-il trop tard pour unir leurs efforts? Certes, il existe quelques vieilles querelles entre certaines "chapelles" - notamment entre archéologues et collectionneurs ! - mais si la plupart des expositions rencontrent un succès populaire notable, si même le cinéma américain s'inspire régulièrement de la mythologie c'est que la cause de la culture traditionnelle n'est pas perdue.
Et si tous ces gens se mettaient autour d’une table, et décidaient de sortir de leur univers familier pour travailler ensemble, afin que cet univers devienne familier à tous?
Celle de ma salle à manger est hélas trop petite, mais si quelqu’un veut s'y mettre, j'arrive!
René Kauffmann
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Nouveautés du mois Mai 2012
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